L’histoire du Maroc est intrinsèquement liée à celle d’Al-Andalus, la péninsule Ibérique sous domination musulmane. Des siècles d’échanges culturels, humains et commerciaux ont façonné une identité marocaine riche, où l’héritage andalou demeure une ressource vivante et dynamique. Cette influence se manifeste encore aujourd’hui dans de nombreux aspects de la culture marocaine, de l’architecture à la musique, en passant par l’artisanat et la gastronomie.
Un passé commun, un héritage partagé
L’histoire d’Al-Andalus et du Maroc s’est entremêlée, marquée par des va-et-vient constants entre les deux rives de la Méditerranée. Dès le IIIe/IXe siècle, la fondation des mosquées Qaraouiyine et des Andalous à Fès, œuvres d’immigrants ifriqiyens et cordouans, a marqué les débuts de l’art islamique au Maroc, portant l’empreinte de leurs doubles origines. Au XIe siècle, l’arrivée des Almoravides a entraîné une large ouverture du Maghreb occidental aux influences andalouses, se traduisant par une “hispanisation” de l’architecture, de la culture et de l’armée, notamment à Fès et Marrakech.
Les manifestations contemporaines de l’influence andalouse
Architecture : une symbiose intemporelle
L’architecture marocaine, en particulier celle des médinas, des palais et des mosquées, est profondément marquée par l’influence hispano-mauresque. Ce style se caractérise par l’utilisation de cours intérieures, de jardins luxuriants, de fontaines ornées de zelliges et de plafonds sculptés. Les riads, ces maisons traditionnelles organisées autour d’un patio central, en sont un exemple parfait. Des monuments emblématiques tels que la Koutoubia de Marrakech et la Tour Hassan de Rabat, construites par le prince Ya’coub al-Mansour, ainsi que la Médersa Ben Youssef de Marrakech, illustrent la richesse de cette architecture. À Fès, la mosquée Qaraouiyine, réaménagée au XIIe siècle, présente une influence andalouse manifeste dans sa salle de prière et son mihrab. L’architecture andalouse continue d’inspirer les constructions modernes, notamment les hôtels de luxe et les ensembles résidentiels à Marrakech, qui adoptent ces codes architecturaux pour marier tradition et modernité.
Musique : la persistance du Tarab Andalou
La musique arabo-andalouse est un pilier de la culture marocaine, un patrimoine ancestral qui continue de résonner. Des festivals dédiés à cette musique sont régulièrement organisés, témoignant de sa vitalité. Le 21ème Festival international de la musique andalouse “Andalussyat” s’est tenu du 12 au 14 décembre 2024 à Casablanca, avec pour objectif la préservation du répertoire “Al Ala”. L’Association des Amateurs de la Musique Andalouse du Maroc (AAMAM), créée en 1958, œuvre à la sauvegarde de cet héritage musical séculaire, notamment à travers des enregistrements, l’édition de livres et la conservation de manuscrits et d’instruments anciens au Musée Dar Al Ala à Casablanca. Plus récemment, le 22e Festival international des musiques andalouses a débuté le 26 juillet 2025 à Rabat, visant à valoriser ce patrimoine partagé entre le Maroc et l’Espagne. Le Festival Marocain de la Musique Andalouse a également eu sa 3ème édition du 16 au 18 janvier 2025 à Casablanca. Des artistes contemporains comme Haj Abdelkrim Rais, Fatima-Zohra Qortobi, Rhoum El Bakkali et Sanaa Marahati perpétuent et innovent dans ce genre musical, parfois en fusionnant sonorités classiques et contemporaines.
Artisanat : un savoir-faire préservé
L’artisanat marocain, riche et diversifié, porte également les traces de l’influence hispano-mauresque. Le zellige, la céramique marocaine, doit beaucoup à l’héritage andalou, avec des techniques de glaçure et de cuisson perfectionnées en Al-Andalus avant d’être importées au Maroc. Les motifs floraux et les arabesques des carreaux de zellige, ainsi que les motifs géométriques complexes, témoignent de cette fusion d’influences arabes, berbères et hispano-mauresques. La sculpture sur bois, présente dans les plafonds, portes et meubles des maisons traditionnelles, est un art raffiné qui demande une grande maîtrise et porte des motifs hérités de la tradition hispano-mauresque. Les lanternes marocaines en métal ciselé, inspirées de l’art hispano-mauresque, diffusent une lumière douce à travers leurs motifs ajourés. Les artisans marocains perpétuent ce savoir-faire andalou transmis au fil des siècles.
Gastronomie : saveurs et traditions
La gastronomie marocaine est un mélange de saveurs berbères, arabes, andalouses et françaises. L’influence andalouse est particulièrement notable dans la pastilla, un feuilleté sucré-salé, et dans l’introduction de plats mariant le sucré et le salé. Des ingrédients comme les olives et l’huile d’olive, les épinards, et les techniques de préparation de saucisses et viandes de type kebab, ainsi que des sucreries comme les feuilletés, le lait aux fruits, les gâteaux au miel et les fruits confits, ont des origines mauresques. La harira, une soupe épaisse, est également une spécialité qui a des racines andalouses-maghrébines. Une journée d’étude récente à Rabat a mis en lumière l’impact des migrations entre le Maroc et l’Espagne sur le transfert des traditions culinaires, soulignant que la cuisine andalouse perdure encore aujourd’hui, souvent sous d’autres noms mais en conservant son essence.
Préservation et promotion de l’héritage andalou
Le Maroc s’engage activement dans la préservation et la valorisation de son patrimoine culturel, y compris l’héritage andalou. Des institutions comme l’Académie du Royaume du Maroc, avec sa chaire Al-Andalus, et l’Association des Amateurs de la Musique Andalouse du Maroc, jouent un rôle crucial dans la sauvegarde et la promotion de cet héritage. Des colloques internationaux, des festivals et des programmes de formation contribuent à faire rayonner ce patrimoine et à renforcer les liens culturels entre le Maroc et l’Espagne. La ville de Fès, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, bénéficie de stratégies de réhabilitation visant à sauvegarder son patrimoine urbanistique et architectural. La Kasbah des Oudayas à Rabat, avec son jardin andalou, est un exemple de monument restauré et protégé.
L’influence mauresque n’est pas un simple vestige du passé au Maroc ; elle est une composante essentielle et vivante de son identité culturelle. De l’éclat des zelliges aux mélodies envoûtantes de la musique andalouse, en passant par les saveurs de sa cuisine, l’héritage d’Al-Andalus continue d’enrichir et de façonner le Maroc contemporain, démontrant la puissance durable des échanges interculturels.
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