Séries du Ramadan : Analyse d’un phénomène télévisuel qui captive des millions de Marocains
Chaque année, à l’approche du mois sacré de Ramadan, le paysage audiovisuel marocain se transforme, offrant une pléthore de séries télévisées qui captivent des millions de téléspectateurs à travers le Royaume et au-delà. Loin d’être de simples divertissements, ces productions sont devenues un véritable phénomène culturel, reflétant les dynamiques sociales, suscitant des débats et s’ancrant profondément dans le quotidien des familles marocaines.
Un Phénomène Télévisuel Incontournable
Le Ramadan est une période où la télévision demeure le média de référence au Maroc. Une étude récente a montré que les Marocains passent en moyenne cinq heures et neuf minutes par jour devant la télévision pendant ce mois sacré, avec des pics d’audience en prime time, notamment autour de l’Iftar.
#### L’Audience Record
Les chaînes nationales, telles que 2M et Al Aoula, enregistrent des audiences massives durant le Ramadan. Des séries comme “Dar Nsa” en 2024 ont pulvérisé les records, rassemblant plus de 5,5 millions de téléspectateurs et se classant numéro 1 sur leur créneau horaire. Sur YouTube, “Dar Nsa” a également été la série la plus vue, avec plus de 1,6 million de vues pour son premier épisode en trois jours. En 2025, des productions comme “Rahma” et “Dem Lmechrouk” ont également connu un succès retentissant, “Rahma” étant notamment numéro 1 sur la plateforme Shahid.
#### Un Rituel Familial et Social
Les séries ramadanesques ne sont pas qu’une simple distraction ; elles font partie intégrante du rituel annuel du Ramadan. Elles deviennent un sujet de conversation central, les familles se réunissant autour de la télévision après la rupture du jeûne pour suivre ensemble les intrigues. Ce phénomène s’étend même aux Marocains résidant à l’étranger, qui suivent ces programmes pour rester connectés à leur culture.
Thèmes et Enjeux Sociétaux
Les séries du Ramadan sont souvent le miroir des dynamiques sociales marocaines, offrant une plateforme pour aborder des questions sensibles et des débats de société.
#### Miroir de la Société Marocaine
Ces productions abordent une multitude de thèmes, qu’ils soient contemporains ou plus universels, et qui résonnent profondément avec le public marocain. Elles explorent des problématiques sociales et familiales rarement traitées avec autant de profondeur à la télévision marocaine, offrant non seulement du divertissement mais aussi une source de réflexion sur des enjeux critiques.
#### Séries Populaires et Leurs Intrigues
En 2024, “Dar Nsa”, diffusée sur Al Aoula, a captivé le public en dépeignant le quotidien d’un voisinage dans la médina de Tanger, où les secrets des habitants de la maison d’hôtes “Dar Nsa” remontent progressivement à la surface. La série “Jouj Wjouh” sur 2M, également en 2024, a plongé les téléspectateurs dans des récits sociaux poignants. Pour le Ramadan 2025, des séries comme “Dem Lmechrouk” ont été saluées pour leur audace, explorant les rouages du pouvoir et de la corruption à travers l’histoire de trois sœurs, et mettant en lumière des phénomènes comme le “lfrakchia” (voleurs de bétail). La série “Rahma” a également marqué les esprits par son intensité émotionnelle et son histoire poignante, bien qu’elle ait parfois fait l’objet de polémiques. D’autres productions comme “Mabrouk Elina” (2M) ont offert une comédie familiale rythmée par les situations hilarantes d’un jeune couple débordé par sa famille.
Défis et Critiques
Malgré leur popularité, les séries ramadanesques sont régulièrement la cible de critiques, soulignant des lacunes et des défis persistants dans l’industrie audiovisuelle marocaine.
#### Manque d’Innovation et Répétition des Acteurs
Une critique récurrente concerne le manque d’innovation et de profondeur dans les productions, ainsi que la répétition des mêmes visages à l’écran. La productrice Fatna Benkirane a expliqué que ce choix est souvent dicté par les chaînes de télévision et les annonceurs, qui privilégient les comédiens ayant déjà une forte notoriété et garantissant de bonnes audiences. Elle a également souligné la rareté des profils capables de porter un projet dramatique d’envergure au Maroc, tout en assurant des efforts pour intégrer de jeunes talents.
#### Débats et Polémiques
Certaines séries suscitent des débats, voire des polémiques. En 2024, la série “Jouj Wjouh” a été accusée de faire l’éloge de l’homosexualité, ce qui a poussé 2M à clarifier la situation. En 2025, la série “Rahma” a été critiquée par une organisation nationale marocaine pour les droits des femmes en situation de handicap, suite à des propos jugés discriminatoires tenus par l’un des acteurs. Ces réactions témoignent de l’impact social profond de ces séries et de la nécessité de traiter les sujets sensibles avec nuance.
L’Évolution de la Production Audiovisuelle
L’industrie des séries du Ramadan est en constante évolution, cherchant à répondre aux attentes du public et aux exigences du marché.
#### Investissement de Réalisateurs Cinématographiques
Une tendance notable est l’investissement de réalisateurs marocains issus du cinéma dans la production de séries télévisées ramadanesques. Des noms comme Yassine Fennane, Brahim Chkiri et Ali El Mejboud apportent leur expérience cinématographique au petit écran, ce qui peut contribuer à un regard frais et une réalisation plus soignée.
#### Stratégies des Chaînes et Annonceurs
La période du Ramadan est un “Super Bowl” publicitaire pour les marques au Maroc. Les chaînes adaptent leurs grilles de programmes pour maximiser l’audience, proposant un mélange de comédies, de drames, de documentaires et d’émissions culinaires. L’étude sur les habitudes médiatiques des Marocains pendant le Ramadan souligne également la montée du “multi-screening”, où 44% des téléspectateurs jonglent entre la télévision et leur smartphone pour regarder des rediffusions sur YouTube ou interagir sur les réseaux sociaux. Cela pousse les annonceurs à adopter des stratégies omnicanales pour maximiser leur impact.
Conclusion
Les séries du Ramadan au Maroc constituent un phénomène télévisuel d’une ampleur considérable, captivant des millions de téléspectateurs et s’imposant comme un pilier culturel du mois sacré. Malgré les critiques concernant le manque d’innovation ou la répétition des acteurs, ces productions continuent de jouer un rôle essentiel en tant que miroir de la société marocaine, abordant des thèmes sociaux pertinents et stimulant des débats. L’évolution des habitudes de consommation médiatique et l’implication croissante de talents cinématographiques suggèrent un avenir dynamique pour ce genre télévisuel, qui continuera sans aucun doute à évoluer pour maintenir son emprise sur le cœur des Marocains.
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