Le Maroc, terre de festivals, ne se résume pas uniquement aux têtes d’affiche qui illuminent les scènes principales. Au-delà des projecteurs, une programmation alternative, souvent désignée comme le “off”, foisonne d’initiatives artistiques, offrant un espace précieux aux découvertes et aux talents émergents. Ces scènes parallèles sont le véritable pouls de la créativité marocaine, révélant une richesse et une diversité souvent insoupçonnées.
L’Émergence des Scènes Off : Une Réponse aux Besoins Artistiques
Les festivals majeurs du Maroc, tels que Mawazine à Rabat, le Festival Gnaoua et Musiques du Monde à Essaouira, ou Jazzablanca à Casablanca, sont des événements culturels incontournables qui attirent des millions de spectateurs et des artistes de renommée internationale. Cependant, en marge de ces mastodontes, des initiatives “off” se développent, portées par une volonté de proposer une offre culturelle plus diversifiée et accessible.
Ces programmations alternatives répondent à plusieurs besoins. Elles offrent une plateforme aux artistes émergents qui peinent parfois à trouver leur place sur les grandes scènes. Elles permettent également une plus grande liberté artistique, loin des contraintes commerciales et des attentes du grand public. Enfin, elles contribuent à la démocratisation de l’accès à la culture, en proposant souvent des événements gratuits ou à moindre coût, et en investissant des espaces moins conventionnels.
Le Festival Gnaoua et Musiques du Monde : Un Modèle de Fusion et de Découverte
Le Festival Gnaoua et Musiques du Monde d’Essaouira, créé en 1998, est un exemple éloquent de festival qui, tout en célébrant une tradition ancestrale, s’ouvre à la fusion et à la découverte de nouveaux talents. La 25e édition, qui a eu lieu en juin 2024, a accueilli plus de 400 artistes et proposé 53 concerts, dont six fusions inédites, avec des artistes comme Alune Wade, Randy Brecker, Buika ou Saint Levant aux côtés des Maâlems Gnaoua. L’ADN de ce festival est de confronter les Maâlems, maîtres de cérémonie et joueurs de guembri, à des musiciens d’horizons divers, créant des moments de musique uniques. Le festival a d’ailleurs connu un succès retentissant avec plus de 300 000 festivaliers pour sa 26e édition en 2025.
Bien que le concept de “programmation off” ne soit pas toujours officiellement distingué pour ce festival, son esprit d’ouverture et de collaboration favorise intrinsèquement l’émergence de nouvelles sonorités et de rencontres artistiques inattendues, souvent en dehors des scènes principales. Des jam-sessions improvisées et des lilas intimistes viennent compléter les grands concerts, offrant des moments de grâce et de découverte.
Mawazine et les Alternatives Urbaines
Le Festival Mawazine – Rythmes du Monde, l’un des plus grands festivals au monde en termes d’affluence, est connu pour sa programmation éclectique et ses stars internationales. Bien que son programme officiel soit très grand public, des dynamiques alternatives peuvent émerger en périphérie. Les discussions autour de la tenue du festival, comme ce fut le cas en mai 2024, soulignent l’importance de ces événements dans le paysage culturel et les débats qu’ils peuvent susciter.
En parallèle, des initiatives plus underground, comme le “Festival de Résistance et d’Alternatives” à Rabat, montrent une volonté d’offrir un espace d’expression libre et de participation à des groupes indépendants, artistes et activistes. Ces événements, souvent organisés dans des lieux non conventionnels comme des sièges syndicaux, des associations de droits humains, des lycées, des universités et des espaces publics, proposent des ateliers, des débats et des happenings artistiques, témoignant d’une scène alternative engagée.
Les Acteurs Clés de la Programmation Alternative
Plusieurs institutions et événements jouent un rôle crucial dans le soutien et la promotion des artistes émergents et des programmations alternatives au Maroc.
Visa For Music : Le Tremplin des Talents d’Afrique et du Moyen-Orient
Visa For Music, qui se tient chaque année en novembre à Rabat, est un festival et un marché des musiques d’Afrique et du Moyen-Orient, destiné aux professionnels des industries culturelles et créatives ainsi qu’au grand public. Cet événement est une plateforme essentielle pour la promotion des artistes et des musiques de ces régions, mettant en lumière la richesse et la diversité des talents émergents.
L’appel à candidatures pour l’édition 2025 de Visa For Music, qui se déroulera du 19 au 22 novembre à Rabat, invite les artistes du monde entier à soumettre leurs projets. Les critères d’éligibilité mettent l’accent sur des projets live de 40 minutes dans les catégories “Global folk et fusion”, “Musiques actuelles et urbaines” et “Musique électronique”. Le festival offre une visibilité internationale, des opportunités de rencontres professionnelles, et contribue au développement du marché de la musique en Afrique.
Les Espaces Culturels Indépendants
Au-delà des grands festivals, des espaces culturels indépendants et des galeries d’art jouent un rôle vital dans la promotion des artistes émergents. Les Villas des Arts, par exemple, sont des espaces d’art contemporain dédiés à la création, à l’animation et aux rencontres, visant à valoriser le patrimoine artistique marocain et à démocratiser l’accès à l’art. Le Musée National de la Photographie, créé pour promouvoir la jeune scène photographique marocaine, est un autre exemple d’institution soutenant les nouvelles expressions artistiques.
Des initiatives comme “MAJAZ”, un programme culturel de 2023/2024, visent à soutenir les artistes marocains émergents dans la concrétisation de leur première exposition individuelle, leur offrant une plateforme d’envergure. Le 1er Salon national des artistes émergents de l’art contemporain à la Villa des Arts de Casablanca, qui s’est tenu jusqu’au 30 novembre 2024, est également un exemple de cette dynamique, offrant un espace d’expression et de reconnaissance pour une nouvelle génération d’artistes marocains.
Les Découvertes Artistiques : Une Scène en Pleine Ébullition
La scène artistique marocaine est en constante ébullition, avec une nouvelle génération d’artistes qui repoussent les limites et explorent des thèmes variés. Des artistes comme Hassan Hajjaj, Yto Barrada, Mounir Fatmi, Lalla Essaydi, Safaa Erruas, Majida Khattari et Mehdi-Georges Lahlou sont cités comme des figures à surveiller, contribuant au riche tissu culturel du Maroc. Meriem Bennani, artiste marocaine née à Rabat et vivant à New York, a été médaillée de la 1ère édition des Art Basel Awards dans la catégorie “artistes émergents” pour son travail qui “remixe la culture numérique, la critique postcoloniale et l’esprit absurde à travers la vidéo et la sculpture”.
Ces artistes émergents s’expriment à travers une diversité de médiums, de la performance à la vidéo, en passant par l’installation, la photographie et la sculpture, abordant des thèmes tels que l’identité, l’hybridité culturelle, les dynamiques sociales et les questions sociétales plus larges. La photographie marocaine, par exemple, cherche à défaire les clichés et à prouver son originalité.
La programmation off des festivals marocains, ainsi que les initiatives des espaces culturels indépendants, sont des viviers essentiels pour ces découvertes artistiques. Elles offrent une vitrine à des expressions moins mainstream, favorisent les collaborations et les fusions, et contribuent à façonner l’avenir de l’art et de la culture au Maroc. En cultivant ces scènes alternatives, le Maroc continue de s’affirmer comme une terre d’art et de traditions, mais aussi d’innovation et de créativité.
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