Le Ksar d’Aït-ben-Haddou, un village fortifié historique situé dans la vallée de l’Ounila au Maroc, est un exemple remarquable d’architecture en terre présaharienne et un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987. Ce joyau architectural, construit il y a environ 1000 ans, était autrefois un point de passage vital sur l’ancienne route caravanière entre Marrakech et Tombouctou. Aujourd’hui, il est non seulement une attraction touristique majeure mais aussi un décor de cinéma de renommée mondiale. Cependant, cette popularité croissante, notamment due au tourisme de masse, soulève des défis importants en matière de préservation.
Un patrimoine architectural et cinématographique unique
Le Ksar d’Aït-ben-Haddou est célèbre pour ses bâtiments en terre et en briques crues, dont certains remontent au XVIIe siècle. Ces structures, conçues pour résister au climat désertique, témoignent de l’ingéniosité des techniques de construction traditionnelles. Le site est un véritable musée à ciel ouvert, avec ses ruelles labyrinthiques, ses maisons fortifiées et ses tours d’angle défensives.
Sa beauté singulière et son atmosphère intemporelle ont captivé de nombreux cinéastes, faisant d’Aït-ben-Haddou un lieu de tournage privilégié pour des productions hollywoodiennes et internationales. Parmi les films et séries célèbres tournés sur place, on compte “Lawrence d’Arabie”, “Gladiator”, “La Momie”, “Prince of Persia” et “Game of Thrones”. Cette exposition cinématographique a grandement contribué à sa renommée mondiale et à l’afflux de visiteurs.
Les défis de la préservation face au tourisme de masse
L’augmentation du nombre de touristes, en particulier des voyageurs chinois en quête d’authenticité culturelle et de patrimoine historique, a transformé Aït-ben-Haddou en une destination incontournable. Bien que le tourisme offre des opportunités économiques pour la communauté locale, il pose également des défis majeurs pour la conservation du site.
Impact sur l’intégrité architecturale
Les structures en terre d’Aït-ben-Haddou sont vulnérables à l’usure et aux intempéries. L’afflux constant de visiteurs peut accélérer leur dégradation. De plus, le site a été légèrement impacté par le tremblement de terre de septembre 2023 qui a touché le sud du Maroc, entraînant des fissures et des effondrements partiels de certaines structures. Bien que l’évaluation initiale ait montré un impact mineur comparé à d’autres sites, des mesures de prévention des risques et de stabilisation sont en cours de mise en œuvre.
Pression sur la vie locale et les ressources
Historiquement, l’agriculture était la principale activité du village, mais le tourisme est devenu le secteur économique dominant. La plupart des habitants vivent désormais dans des habitations modernes de l’autre côté de la rivière, ne laissant que quelques familles dans le ksar historique. La gestion des déchets, l’accès à l’eau et la préservation du mode de vie traditionnel sont autant de préoccupations liées à l’augmentation de la fréquentation.
Stratégies pour un tourisme durable et la conservation du patrimoine
La préservation d’Aït-ben-Haddou nécessite une approche équilibrée entre le développement touristique et la sauvegarde de son intégrité. Des efforts concertés entre les autorités locales, l’UNESCO et diverses organisations internationales sont essentiels.
Plans de gestion et implication communautaire
Un plan de gestion quinquennal (2007-2012) a été mis en œuvre, impliquant activement les populations locales dans la prise de décision. Ce plan visait à revitaliser le site, préserver ses valeurs architecturales, assurer une meilleure répartition des bénéfices du tourisme et améliorer l’expérience des visiteurs. Un nouveau plan pour la période 2016-2021 était en cours de préparation, mais son statut actuel n’est pas clairement détaillé.
L’implication de la communauté est cruciale pour le succès du tourisme durable. Les habitants d’Aït-ben-Haddou ont créé trois coopératives locales en février 2020 : une coopérative touristique, une coopérative agricole et une coopérative cinématographique. Ces initiatives visent à valoriser leur patrimoine et à garantir que les retombées économiques profitent directement à la population. Par exemple, la coopérative touristique Ighrem N’Iqendaren propose des visites guidées, contribuant ainsi directement à la préservation du ksar.
Restauration et techniques traditionnelles
Les efforts de restauration se concentrent sur le maintien de l’authenticité architecturale en utilisant des matériaux traditionnels comme le pisé (terre compactée avec de l’eau et parfois de la paille) et en évitant les constructions modernes en béton. Le Centre de Conservation et de Réhabilitation du Patrimoine Architectural des zones atlasiques et sub-atlasiques (CERKAS), en collaboration avec l’UNESCO, joue un rôle clé dans ces projets.
Sensibilisation et valorisation culturelle
Des initiatives comme la maison de la parole et le salon de thé solidaire Tawesna, géré par des femmes de la communauté, contribuent à valoriser la culture amazighe et les traditions culinaires locales. Ces expériences authentiques permettent aux visiteurs de se connecter davantage avec le patrimoine vivant d’Aït-ben-Haddou.
En conclusion, Aït-ben-Haddou, en tant que joyau du cinéma mondial et site du patrimoine UNESCO, doit relever le défi de concilier une popularité croissante avec la nécessité impérative de sa préservation. Grâce à des plans de gestion participatifs, l’implication active de la communauté locale et des efforts de restauration respectueux des techniques traditionnelles, il est possible d’assurer un avenir durable à ce site exceptionnel, où l’histoire, la culture et le cinéma continuent de coexister harmonieusement.
Leave a comment