Les Femmes et la Science : Portraits de chercheuses marocaines qui excellent dans leur domaine
Le Maroc, à l’instar de nombreux pays à travers le monde, s’engage progressivement dans la promotion de l’égalité des genres dans le domaine de la recherche scientifique. Malgré des défis persistants liés à la sous-représentation des femmes dans certaines disciplines et aux postes de responsabilité, de nombreuses chercheuses marocaines excellent dans leurs domaines, brisant les barrières et inspirant les générations futures. Leurs contributions sont essentielles au développement scientifique et technologique du Royaume et au-delà.
Portraits de Chercheuses Marocaines d’Exception
Le paysage scientifique marocain est jalonné de figures féminines qui ont marqué et continuent de marquer leur empreinte au niveau national et international.
#### Rajaâ Cherkaoui El Moursli
Professeure de physique nucléaire à l’Université Mohammed V de Rabat, Rajaâ Cherkaoui El Moursli est une pionnière reconnue mondialement. Elle a été l’une des premières Marocaines à collaborer à l’expérience ATLAS au CERN à Genève en 1996. En 2015, elle a reçu le prestigieux Prix L’Oréal-UNESCO pour les femmes et la science pour sa contribution à la preuve de l’existence du boson de Higgs, devenant ainsi la première femme marocaine à recevoir cette distinction. En 2021, elle figurait à la 34e place du classement mondial “AD Scientific Index” des meilleurs scientifiques, occupant la première place au Maroc, en Afrique et dans la région MENA.
#### Farida Fassi
Également professeure à l’Université Mohammed V de Rabat, Farida Fassi est une autre figure majeure de la physique des hautes énergies. Elle a intégré ATLAS en 1998 et est membre de la collaboration CMS depuis 2002, où elle dirige plusieurs équipes de recherche internationales. Ses travaux portent notamment sur la connexion entre la physique théorique des particules et les résultats expérimentaux, y compris la recherche de nouveaux phénomènes physiques liés à la matière noire. En 2021, elle se classait 40e mondiale et deuxième au Maroc dans le classement “AD Scientific Index”.
#### Ilham Kadri
Née à Casablanca, Ilham Kadri est une femme d’affaires et scientifique de renommée mondiale. Titulaire d’un doctorat en chimie macromoléculaire, elle a dirigé le groupe de chimie Solvay en tant que PDG à partir de 2019. La même année, elle a été classée 21e parmi les femmes les plus puissantes du monde selon Fortune Magazine. Elle dirige désormais Syensqo, une entité issue de Solvay, avec 13 000 employés dans 30 pays.
#### Kawtar Hafidi
Kawtar Hafidi, originaire de Rabat, a obtenu son doctorat européen en physique des particules et a également été classée parmi les 50 meilleures scientifiques du monde en 2021 selon l’« AD Scientific Index ». Ses recherches et son parcours illustrent l’excellence marocaine dans les domaines de pointe de la physique.
#### Najat Mokhtar
Biologiste de formation et spécialiste en nutrition et santé publique, Najat Mokhtar occupe depuis 2019 le poste de Directrice générale adjointe chargée des sciences et des applications nucléaires à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Son parcours international témoigne de l’impact des chercheuses marocaines sur la scène mondiale.
#### Bahija Jallal
Chercheuse spécialisée en biotechnologie, Bahija Jallal est une figure éminente dans la lutte contre le cancer. Basée aux États-Unis, elle est membre du conseil d’administration de l’Université John Hopkins et Directrice générale d’Immunocore, une société leader dans la biotechnologie des récepteurs des lymphocytes T. Elle a également été l’ancienne présidente d’AstraZeneca. Malgré son emploi du temps chargé, elle s’investit dans l’accompagnement des jeunes filles intéressées par les disciplines scientifiques.
#### Autres Mentions Notables
D’autres femmes marocaines se sont distinguées, comme Marieme Chadid, première femme marocaine astronome à atteindre le pôle sud, et Fadma Abi, la première femme chirurgienne marocaine. Plus récemment, en 2022, le programme L’Oréal-UNESCO “Jeunes Talents du Maghreb” a récompensé trois chercheuses marocaines pour la qualité de leurs travaux : El Ahanidi Hajar, Laalej Samah et Toujgani Ihssane, dans les domaines des sciences biologiques, des sciences de la Terre et de l’environnement.
Défis et Avancées vers l’Égalité des Genres dans la Recherche
Malgré ces succès individuels, la question de l’égalité des genres dans la recherche scientifique au Maroc reste un enjeu crucial.
#### La Sous-Représentation persistante
Selon les statistiques récentes de l’UNESCO, seulement un chercheur sur trois dans le monde est une femme. Au Maroc, bien que les femmes représentent 46% des étudiants en sciences, leur présence dans le domaine de la recherche scientifique ne dépasse pas 29%. Cette sous-représentation est particulièrement marquée dans des domaines clés tels que la physique, l’ingénierie et les technologies de l’information et de la communication. La disparité est encore plus flagrante lorsqu’il s’agit des prix Nobel scientifiques, dont seulement 4% ont été décernés à des femmes jusqu’à présent. Ces inégalités sont souvent attribuées à des stéréotypes de genre et à des obstacles socio-économiques.
#### Initiatives et Politiques de Promotion
Face à ces défis, plusieurs initiatives et politiques sont mises en œuvre pour promouvoir l’égalité des genres dans la science au Maroc.
- Programme L’Oréal-UNESCO “Pour les Femmes et la Science” : Ce programme, lancé en 1998 et célébrant son 15e anniversaire au Maroc en 2022, vise à valoriser l’excellence scientifique des chercheuses et à les aider à poursuivre des carrières scientifiques brillantes. Il a distingué 90 jeunes femmes scientifiques au Maghreb depuis son extension en 2013.
- “Who’s Who des femmes scientifiques au Maghreb” de l’UNESCO : Lancée en mars 2024, cette initiative vise à créer une base de données publique de femmes scientifiques reconnues dans la région. L’objectif est de mettre en lumière leurs contributions exceptionnelles, de favoriser leur représentation dans les publications et événements scientifiques, et de renforcer leur rôle en tant que modèles pour les futures générations.
- Engagements nationaux et partenariats : Le Maroc a ratifié plusieurs instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme, y compris la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF). Des entités comme ONU Femmes Maroc collaborent avec le Ministère de la Solidarité, de l’Insertion Sociale et de la Famille pour faire avancer l’égalité de genre. Le Bureau National Erasmus+ Maroc organise également des ateliers pour encourager les jeunes filles issues de milieux défavorisés à s’orienter vers les STEM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques). Le Haut Commissariat au Plan (HCP) et ONU Femmes ont également lancé une initiative conjointe pour mieux comprendre les inégalités de genre au Maroc.
Impact et Perspectives d’Avenir
#### Rôle de Modèle et Influence Sociétale
Les chercheuses marocaines qui excellent dans leurs domaines sont des modèles inspirants pour les jeunes filles, les encourageant à poursuivre des carrières scientifiques et à briser les stéréotypes. Leurs réussites démontrent qu’avec courage et persévérance, il est possible de surmonter les obstacles et de construire un avenir prometteur.
#### Vers un Avenir Scientifique Inclusif
La promotion de la participation des femmes dans les sciences n’est pas seulement une question de justice sociale, mais une nécessité pour garantir un avenir scientifique équitable, innovant et prospère. Le Maroc continue de progresser en matière d’égalité des genres, avec des réformes législatives et des initiatives visant à aligner ses cadres sur les normes internationales. L’éducation joue un rôle essentiel dans ce processus, en déconstruisant les stéréotypes et en renforçant l’autonomie des jeunes filles. En investissant dans l’autonomisation des femmes et en favorisant leur pleine participation à la recherche, le Maroc renforce sa position dans le domaine scientifique mondial et s’assure un développement durable et inclusif.
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