La jeunesse marocaine, qui représente près de 30% de la population, est un moteur essentiel du développement et du progrès social. Loin d’une image parfois réductrice de désengagement, elle se distingue par une forte volonté d’agir et une capacité à innover, investissant activement le champ associatif pour faire entendre sa voix et construire un avenir meilleur. Cet engagement citoyen, bien que confronté à des défis structurels, se manifeste à travers une diversité d’initiatives, souvent informelles et numériques, qui témoignent de la vitalité de cette génération.
Un engagement citoyen en pleine mutation
Traditionnellement perçue comme peu impliquée dans les sphères politiques formelles, la jeunesse marocaine déploie aujourd’hui des formes d’engagement alternatives, plus flexibles et ancrées dans l’action locale ou en ligne. Alors que la participation aux partis politiques et aux élections reste limitée, avec seulement 11,43% de participation institutionnelle des jeunes selon une analyse statistique, l’activisme sur les réseaux sociaux et la mobilisation dans des mouvements sociaux spontanés prennent de plus en plus d’ampleur.
Une récente enquête menée en 2024 par l’association « Les Citoyens » auprès de plus de 1120 jeunes dans les 12 régions du Maroc, révèle un paradoxe : près de 70% des jeunes Marocains ne font pas confiance aux institutions politiques traditionnelles. Pourtant, leur désir de participer est vivace, avec 60% souhaitant s’engager davantage s’ils en avaient les moyens. Ce désengagement des structures formelles est souvent lié à une méfiance envers les institutions, jugées éloignées de leurs préoccupations, rigides, ou manquant de transparence.
Les nouvelles formes d’action et d’influence
Face à ces obstacles, les jeunes Marocains investissent d’autres terrains d’action. Les campagnes locales, les actions écologiques, l’entraide et la sensibilisation numérique sont des exemples concrets de leur engagement informel. Le numérique, en particulier, émerge comme un espace central d’expression et de mobilisation. Avec 68% des jeunes utilisant les réseaux sociaux pour débattre de sujets sociaux ou politiques, ces plateformes offrent un terrain d’engagement moins codifié, plus rapide et viral.
L’association des Dynamiques des Jeunes Marocains (ADJM) illustre cette volonté d’agir en se fixant pour objectifs le renforcement des capacités des jeunes dans les domaines culturel, économique, sportif et social, contribuant ainsi au développement durable et à leur intégration économique et sociale. Elle vise également à plaider en faveur des jeunes auprès des autorités compétentes et à promouvoir les initiatives éducatives.
Défis et opportunités pour la jeunesse marocaine
Malgré cette dynamique, les jeunes Marocains sont confrontés à des défis majeurs qui influencent leur engagement. Le taux de chômage des jeunes au Maroc est élevé, atteignant 27,1% en 2020, un chiffre particulièrement alarmant pour les jeunes diplômés. Cette situation socio-économique défavorable joue un rôle majeur dans leur perception des institutions et leur participation. De plus, l’absence de retour sur les initiatives citoyennes et le manque de clarté des mécanismes de participation alimentent une frustration silencieuse. La fracture territoriale, où les infrastructures dédiées aux jeunes sont souvent “absentes, fermées ou inactives” dans les zones rurales, prive également des milliers de jeunes d’un accès égal à leurs droits civiques.
Initiatives et politiques de soutien
Conscients de ces enjeux, divers acteurs s’efforcent de soutenir et d’encourager l’engagement des jeunes. L’Ambassade de France au Maroc, par exemple, a lancé en 2023 un appel à projets “Jeunesse et initiatives locales” pour soutenir les organisations de jeunes œuvrant pour les objectifs de développement durable, tels que la santé, l’égalité, l’environnement, l’éducation et l’emploi. Douze projets ont été financés cette année, dont “Promotion de l’Engagement Citoyen des Jeunes Ruraux” par l’Association JIBER et “NIDAA – Nouvelle Initiative pour le Développement des Actions Associative” par Youth Empowerment Society (YES).
Solidarité Laïque, en partenariat avec le Réseau Marocain de Jeunesse et de Concertation (Remajec), pilote le programme “Jeunesse en Action pour la Démocratie” (JAD), visant à renforcer l’influence des jeunes sur les politiques publiques et leur participation à la vie du pays. Ce programme a notamment permis la création de la Coordination Nationale des Conseils de Jeunes (CNCJ) pour fédérer les 48 conseils de jeunes existants au Maroc et renforcer leur action de plaidoyer. Des bourses à projet sont également octroyées pour permettre aux jeunes de mettre en place des micro-projets locaux.
Par ailleurs, l’association “For Morocco” a lancé en février 2024 un programme de soutien aux jeunes porteurs de projets, “Jeunesse For Morocco”, visant à renforcer l’esprit entrepreneurial et à accompagner 500 jeunes de la région de Casablanca-Settat dans un premier temps. L’Union Européenne a également injecté 6,9 millions d’euros en avril 2025 pour soutenir la jeunesse marocaine, notamment à travers l’accompagnement et le financement de projets culturels.
Le Ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication travaille sur un “Passeport Jeunesse” en collaboration avec le secteur privé et les institutions publiques, afin d’offrir aux jeunes des avantages et services à prix réduit ou gratuits, comme l’accès aux musées et salles de sport.
Perspectives et recommandations
La jeunesse marocaine, loin d’être passive, est une force vive qui cherche activement à investir le champ associatif et à influencer les dynamiques de changement. Pour capitaliser sur cet élan, il est impératif de renforcer les ponts entre les formes d’engagement informelles et les structures institutionnelles. Des efforts doivent être menés pour améliorer la confiance des jeunes envers les institutions, notamment en assurant une plus grande transparence, une meilleure accessibilité des dispositifs participatifs et un retour concret sur leurs initiatives.
Le soutien aux associations de jeunes et aux initiatives locales, qu’elles soient axées sur l’emploi, l’éducation, la culture ou l’environnement, est crucial pour permettre à cette génération de réaliser son plein potentiel et de contribuer pleinement au développement du Maroc.
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