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Archives du Protectorat : Que nous révèlent les documents d’époque sur le Maroc d’hier

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Les archives du Protectorat français au Maroc constituent une ressource historique inestimable, offrant un éclairage approfondi sur une période charnière de l’histoire marocaine, de 1912 à 1956. Ces documents, souvent conservés en France, révèlent les dynamiques politiques, sociales, économiques et culturelles qui ont façonné le Maroc moderne. Leur étude permet de comprendre l’impact de la présence coloniale et de saisir les enjeux de souveraineté et de mémoire qui persistent encore aujourd’hui.

L’Institution “Archives du Maroc” et la Préservation du Patrimoine

L’Institution “Archives du Maroc” (ADM), créée en vertu de la loi 69-99 relative aux archives promulguée le 30 novembre 2007, joue un rôle fondamental dans la sauvegarde et la valorisation du patrimoine archivistique national. Érigée en établissement public stratégique en 2012, ses missions incluent la promotion et la coordination de la gestion des archives courantes et intermédiaires, la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine archivistique national, la normalisation des pratiques archivistiques, et la promotion du domaine par la recherche scientifique, la formation professionnelle et la coopération internationale. ADM a notamment rendu publics des documents restaurés datant du Protectorat français depuis juin 2013.

Les archives royales, autre trésor national, sont également en passe d’être rendues plus accessibles au public, dans une démarche de démocratisation de l’accès à l’information et à l’histoire du Maroc.

La Restitution des Archives Coloniales : Un Enjeu de Souveraineté et de Mémoire

La question de la restitution des archives coloniales détenues par la France est un sujet d’une importance capitale pour le Maroc. En novembre 2024, la France s’apprête à restituer quelque 2,5 millions de documents coloniaux au Maroc, un geste inédit qui fait suite à une promesse du président Emmanuel Macron lors de sa visite d’État à Rabat. Ces documents, qui couvrent une période clé de l’histoire commune, incluraient des preuves de la souveraineté du royaume sur son territoire, y compris les provinces du sud. Un précédent transfert de plus de 60 000 images numériques avait déjà eu lieu en septembre 2022, mettant en lumière la diversité des tribus marocaines et offrant une mine d’informations ethnologiques et sociologiques.

Ces archives sont considérées comme cruciales pour renforcer les revendications marocaines sur ses territoires, notamment dans les régions du Sahara et du Sahara oriental, et devraient jouer un rôle central dans la défense des intérêts du Maroc sur la scène internationale. Elles révèlent la progressive érosion de la souveraineté spirituelle, politique et culturelle du Maroc sous la domination coloniale.

Ce que les Documents d’Époque Révèlent

Les archives du Protectorat, qu’elles soient conservées au Maroc ou en France (notamment aux Archives nationales d’outre-mer – ANOM à Aix-en-Provence et au Centre des archives diplomatiques de Nantes – CADN), offrent une vue détaillée de l’administration coloniale et de ses interactions avec la société marocaine.

Organisation Administrative et Territoriale

Les documents rapatriés en France après l’indépendance comprennent des papiers des anciens postes diplomatiques et consulaires, des archives militaires des régions, et des archives des administrations du Protectorat. Les archives dites de souveraineté, produites par les services politiques du Protectorat, sont organisées selon les articulations de l’administration française au Maroc, incluant les services centraux de la résidence générale (cabinets civil, militaire et diplomatique, secrétariat général du protectorat, direction des Affaires indigènes, direction des Affaires chérifiennes, direction de l’Intérieur) et les archives des régions civiles ou militaires (Casablanca, Fès, Marrakech, Meknès, Oujda, Rabat, Agadir). Les papiers des directions “techniques” (Travaux publics, Production industrielle, Agriculture, Instruction publique, Commerce, Travail, Santé publique, Justice, Colonisation, Biens Habous, Eaux et Forêts, Mines, Séquestres austro-allemands, Législation, Finances) ont été laissés aux administrations marocaines.

Informations Clés et Sensibles

Ces archives contiennent une multitude d’informations, parmi lesquelles:

  • Documents sur les frontières: Des milliers de cartes et relevés de frontières, ainsi que des monographies tribales sur le Sahara, sont particulièrement pertinents pour les revendications territoriales actuelles du Maroc. Des cartes militaires datant du 18ème et 19ème siècle tracent les horizons de la frontière Nord-Est du Maroc jusqu’à Oran incluse, et indiquent au Sud-Est un méridien jusqu’en Afrique comprenant le Sahara marocain spolié en 1900 par l’Algérie française.
  • Société marocaine: Des dossiers sur les familles du Makhzen (l’appareil étatique traditionnel marocain), des actes d’allégeance (bay’a) rédigés en arabe, et de riches collections manuscrites issues de confréries religieuses (Tijâniyya, Wazzâniyya, Nâsiriyya, Hansaliyya et ‘Isâwiyya). Ces documents sont essentiels pour comprendre la genèse de la société marocaine et la diversité des tribus.
  • Rapports et Bulletins: Des rapports mensuels et trimestriels de renseignements, des bulletins de renseignements politiques bimensuels ou quotidiens, et des rapports sur l’état d’esprit des mokhaznis (forces auxiliaires) offrent un aperçu des dynamiques locales et des opinions des milieux européens et marocains.
  • Dossiers administratifs: Des dossiers de gestion de chefs indigènes (nominations, sanctions, autorisations, rétributions), des correspondances entre les autorités, et des procès-verbaux des réunions du conseil d’administration.

Accès et Défis

Malgré l’importance de ces archives, leur accès et leur gestion présentent des défis. L’Institution “Archives du Maroc” s’efforce de collecter, traiter et conserver les archives définitives (historiques) et de les communiquer aux chercheurs et au grand public. Cependant, des lacunes réglementaires et des difficultés dans le transfert des documents définitifs par les organismes d’émanation peuvent affaiblir le pouvoir de collecte d’ADM. La modernisation des structures et la transition numérique sont également des enjeux majeurs pour assurer une gestion efficace et un accès facilité aux documents, tout en préservant leur authenticité et leur intégrité.

En conclusion, les archives du Protectorat sont une source inestimable pour appréhender le Maroc d’hier. Leur étude continue de révéler des pans entiers de l’histoire, éclairant les complexités de la période coloniale et nourrissant les débats contemporains sur la souveraineté, l’identité et la mémoire. La restitution en cours de millions de documents par la France marque une étape significative dans cette démarche de réappropriation historique pour le Maroc.

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