Le cinéma marocain connaît une effervescence créative notable, et les femmes cinéastes y jouent un rôle de plus en plus prépondérant, imposant leur vision singulière sur le grand écran. Elles abordent des sujets profonds, intimes et sociétaux, contribuant à enrichir le paysage cinématographique national et international. La présence féminine dans l’industrie cinématographique marocaine a considérablement augmenté ces 15 dernières années, avec une reconnaissance croissante sur la scène internationale.
Une nouvelle ère pour le cinéma marocain au féminin
La place de la femme marocaine dans le domaine cinématographique est aujourd’hui solidement établie, marquant une évolution remarquable tant au niveau de la réalisation que de l’interprétation. Les cinéastes marocaines se distinguent par une créativité particulière, mettant souvent en lumière des thématiques sociales et humaines issues de la réalité quotidienne, avec une sensibilité unique. Elles sont de plus en plus présentes dans les compétitions officielles des grands festivals et au sein des jurys.
Le cinéma au féminin au Maroc interroge de manière critique le quotidien des femmes, souvent marqué par la violence, et décrit une société divisée et fragmentée face aux mœurs sociales. Ces réalisatrices utilisent le cinéma comme un outil de combat pour briser le silence et plaider leur propre cause.
Figures emblématiques et regards contemporains
Plusieurs générations de cinéastes marocaines ont marqué et continuent de marquer l’histoire du cinéma.
Les pionnières et leur héritage
Des réalisatrices comme Farida Benlyazid et Farida Bourquia font partie de la première génération à avoir investi le cinéma marocain, scénarisant, réalisant et produisant aussi bien pour le cinéma que pour la télévision. Farida Benlyazid, figure de proue, a été l’une des premières à transposer la question féminine sur grand écran, explorant les maux profonds de la société marocaine.
Narjiss Nejjar, née à Tanger en 1971, est une écrivaine, scénariste et réalisatrice. Son premier long-métrage de fiction, Les Yeux secs (2003), a été sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes et a reçu plusieurs distinctions. Elle est reconnue pour ses films assumant des thématiques féminines. Lamia Chraibi, productrice et fondatrice de La Prod à Casablanca et Moon & Deal Films à Paris, a collaboré avec Narjiss Nejjar, œuvrant pour un cinéma engagé, libre et indépendant.
Laïla Marrakchi, née à Casablanca en 1975, est une réalisatrice et scénariste franco-marocaine. Son premier long-métrage, Marock (2004), a été présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes en 2005. Elle a également réalisé des épisodes de séries télévisées comme Le Bureau des Légendes et The Eddy.
La nouvelle vague et les voix qui s’affirment
Une nouvelle génération de réalisatrices marocaines voit le jour, travaillant tant au Maroc qu’à l’étranger, et apportant une réelle objectivité à leurs films, collant à la réalité de la société marocaine.
Maryam Touzani, réalisatrice et scénariste franco-marocaine, est une figure majeure de cette nouvelle vague. Ses films abordent des sujets sensibles et ont été salués par la critique internationale. Parmi ses œuvres notables figurent Adam (2019), sélectionné au Festival de Cannes et proposé par le Maroc pour les Oscars, et Le Bleu du Caftan (2022), également présenté à Un Certain Regard et présélectionné aux Oscars. Son prochain long-métrage, Calle Málaga, est attendu pour mars 2026 et a déjà été sélectionné dans des festivals prestigieux comme la Mostra de Venise et le Festival de Toronto. Elle explore des thèmes comme l’homosexualité et les tabous sociétaux avec pudeur et justesse.
Sofia Alaoui, réalisatrice et scénariste franco-marocaine, s’est distinguée avec son court-métrage Qu’importe si les bêtes meurent, Grand Prix du Jury au Festival de Sundance en 2020 et César du meilleur court-métrage de fiction en 2021. Son premier long-métrage, Animalia (2023), un film de science-fiction à portée politique, a été présenté en avant-première à Sundance.
Parmi les réalisatrices qui bousculent les récits en 2025, on retrouve également:
- Sanaa Akroud avec Les Commandements, qui explore la place des femmes dans la société marocaine et les réformes de la Moudawana.
- Karima Guennouni avec Grand Petit Frère, un road movie mêlant réalisme social et tendresse familiale.
- Samira El Mouzghibati avec Les Miennes.
- Meryem Benm’Barek avec Derrière les palmiers, un thriller psychologique qui joue sur l’ambivalence des relations amoureuses et des rapports de classe. Elle est aussi connue pour son film Sofia, qui a remporté le Prix du Meilleur Scénario à Cannes en 2018.
- Yasmine Benkiran a fait une entrée remarquée avec son premier long-métrage Reines (2022).
Le réalisateur Hicham Lasri, connu pour son approche personnelle et provocatrice, a également exploré le statut de la femme dans la société marocaine à travers sa trilogie WMN PWR (women power), dont le premier volet est The Perfume.
Perspectives et défis
Malgré les avancées significatives, des défis persistent, notamment en matière de financement et de représentation dans les rôles de direction. Cependant, l’optimisme est de mise, car la visibilité des femmes dans le cinéma marocain ne cesse de croître, et leurs œuvres contribuent activement à changer les perceptions et les représentations des femmes à l’écran. L’éducation artistique, l’enseignement et la recherche créative sont également essentiels pour la transmission des savoirs cinématographiques et le développement de nouveaux talents.
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