Le Maroc vibre au rythme de la danse urbaine, avec le hip-hop en fer de lance, se manifestant comme une puissante forme d’expression pour la jeunesse. De Casablanca, la métropole économique, à Marrakech, la ville ocre, en passant par Meknès et Rabat, la culture hip-hop s’est enracinée et continue de se développer, offrant des plateformes d’expression, de professionnalisation et d’intégration sociale.
L’Émergence et l’Évolution du Hip-Hop au Maroc
Le mouvement hip-hop au Maroc puise ses racines au milieu des années 1980, influencé par les jeunes Marocains de la diaspora en Europe qui ramenaient cette culture au pays lors de leurs retours saisonniers. Il a fallu plusieurs années pour que le rap occidental se transforme en un rap marocain, intégrant des fusions avec les musiques traditionnelles locales et développant un phrasé propre à la darija (l’arabe marocain). L’ouverture démocratique du pays à la fin des années 1990 a joué un rôle crucial dans l’épanouissement de ces nouveaux genres musicaux.
Le hip-hop marocain, souvent désigné sous le terme “Hayha” (musique de l’éclate), est devenu un moyen d’affirmer une identité culturelle spécifiquement marocaine. Au-delà de la musique, la danse hip-hop, avec ses styles dynamiques et rythmés tels que le breaking, le locking et le popping, est devenue un langage à part entière, un message prôné par les communautés pour revendiquer un monde meilleur et dénoncer le quotidien difficile.
Casablanca et Marrakech : Cœurs Battants de la Danse Urbaine
Casablanca et Marrakech se distinguent comme des pôles majeurs de la danse urbaine au Maroc, abritant de nombreuses écoles et studios qui proposent des cours de hip-hop. À Casablanca, on trouve des établissements comme CASA DANSE Studio, La Graine Dance Studio, l’Atelier de Danse Latifa Hajjaj, et l’EIMD (École Internationale de Musique et de Danse), qui offrent des formations pédagogiques en hip-hop et d’autres disciplines artistiques. Marrakech n’est pas en reste, avec des structures telles que Art Academy, M’Art Studio, Dance Attitude et Tempo Danse, qui contribuent activement à l’essor de la danse urbaine dans la ville.
Initiatives et Événements Majeurs
Plusieurs événements et initiatives témoignent du dynamisme de la scène de danse urbaine au Maroc :
- Moroccan Dance Battle Tour : Organisé par Temps’Danse en partenariat avec Aradei Capital, ce tour a enflammé les scènes de Marrakech, Dar Bouazza et Tanger durant l’été 2024. Il a offert une plateforme aux danseurs de rue, avec des compétitions en Break Dance, Afro et All Styles, attirant des centaines de participants et un public enthousiaste.
- Morocco Dance Competition : L’École Internationale de Musique et de Danse (EIMD) de Rabat organise la troisième édition de ce concours annuel du 19 au 21 avril 2024. Il est ouvert aux danseurs de tous styles, y compris les danses urbaines, et vise à promouvoir la danse au Maroc, soutenir les jeunes talents et créer une plateforme d’échange.
- Festival International des Cultures Urbaines “Freestyle Maroc Urban Dance” : Ce festival, organisé par l’association Espoir Jeunesse Maroc Freestyle Urban Dance, est un événement majeur qui se tient à Meknès. Sa 19ème édition est prévue du 9 au 28 septembre 2024, avec un programme riche incluant fresques, spectacles de rue, ateliers de formation, spectacles de danse et compétitions internationales dans divers arts et sports urbains.
Ces événements ne se contentent pas de promouvoir la danse ; ils jouent également un rôle social important, en offrant des espaces sécurisés et reconnus pour la pratique de ces disciplines, et en soutenant la professionnalisation des jeunes talents.
Le Hip-Hop comme Vecteur d’Expression Sociale
Au-delà de l’aspect artistique et sportif, le hip-hop au Maroc est un puissant moyen d’expression sociale. Il permet aux jeunes de raconter leur vie, leur quotidien, leurs différences, leurs peurs et leurs envies. Le rap marocain, en particulier, aborde des thèmes comme l’amour, la pauvreté et les défis sociaux, fusionnant la modernité du rap avec les racines marocaines. Le film “Haut et fort” de Nabil Ayouch, par exemple, met en lumière comment le hip-hop aide les jeunes à dépasser les blocages imposés par la société, la religion ou la famille, soulignant le rôle essentiel des centres culturels dans cet épanouissement.
La reconnaissance du hip-hop et du breaking comme sports olympiques par le Comité International Olympique depuis 2018 a également renforcé leur légitimité. Le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports au Maroc a d’ailleurs décidé d’intégrer le hip-hop et le breaking dans les écoles, en partenariat avec la Fédération Royale Marocaine des Sports Aérobic, Fitness, Hip Hop et disciplines assimilées (FRMSAFH). Cette initiative vise à démocratiser l’accès au sport et à ancrer de nouvelles valeurs éducatives, avec des formations spécialisées pour les enseignants d’éducation physique.
La scène de danse urbaine au Maroc, de Casablanca à Marrakech et au-delà, est en pleine effervescence. Elle offre non seulement un espace de création et de performance, mais aussi un puissant moyen d’expression et d’émancipation pour une jeunesse dynamique et engagée.
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