Le Maroc, fort de son riche héritage architectural, se positionne aujourd’hui comme un pionnier de l’architecture durable et de la construction verte en Afrique. Face aux défis environnementaux et à l’urbanisation rapide, le pays opère un retour aux sources en valorisant ses matériaux locaux et ses techniques ancestrales, tout en les intégrant aux innovations modernes pour bâtir un avenir plus respectueux de l’environnement.
Un engagement national pour la durabilité
L’adoption de pratiques de construction durable est devenue une priorité nationale pour le Maroc. Le pays a ratifié l’Accord de Paris sur le climat en 2016 et s’est fixé des objectifs ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 42% d’ici 2030, et de neutralité carbone d’ici 2050. Cet engagement se traduit par diverses initiatives, notamment le Plan Solaire Marocain, visant 52% d’énergies renouvelables d’ici 2030, et le développement de villes écologiques comme Benguerir, Bouskoura et Zenata.
Le retour en force des matériaux locaux et traditionnels
L’architecture marocaine traditionnelle, qu’elle soit urbaine (médinas) ou rurale (architecture vernaculaire), recèle les principes d’une approche bioclimatique en termes de conception, de techniques architecturales et de matériaux utilisés. Le pisé, l’adobe (briques de terre crue), la chaux, la pierre et le bois local, longtemps considérés comme des matériaux “pauvres”, sont aujourd’hui reconnus pour leurs performances exceptionnelles en matière de régulation thermique, d’humidité et de bilan carbone.
La terre crue : un héritage réinventé
La terre crue, présente naturellement dans de nombreuses régions du Maroc, est un matériau ancestral qui connaît un regain d’intérêt. Facile à travailler, elle offre une excellente inertie thermique et une bonne résistance aux aléas climatiques. Dès les années 1960, l’État marocain a expérimenté la construction en terre crue pour répondre à la pénurie de logements économiques, avec de grands projets à Marrakech, Ouarzazate et Berkane. Des entreprises comme Eco-Dôme, fondée par deux jeunes ingénieurs marocains, combinent cet héritage avec des techniques modernes pour construire des logements écologiques à faible coût, utilisant 90% de terre et 10% de ciment.
Le bois local : durabilité et esthétisme
L’utilisation du bois local est également encouragée, non seulement pour ses propriétés durables mais aussi pour sa contribution à l’entretien des palmeraies. Des entreprises comme Ecolodge Luxury Maroc se spécialisent dans la construction de maisons en bois habitables, sur mesure, alliant esthétisme, confort et respect de l’environnement.
Autres matériaux innovants
Outre la terre et le bois, d’autres matériaux durables émergent au Maroc, tels que le béton cellulaire, offrant d’excellentes propriétés d’isolation thermique et acoustique, et la brique Monomur, une brique de terre cuite innovante avec des performances d’isolation supérieures.
L’intégration de l’intelligence architecturale et des nouvelles technologies
L’architecture écologique marocaine ne se limite pas à un retour aux matériaux traditionnels ; elle intègre également les technologies modernes pour optimiser l’efficacité énergétique et réduire l’empreinte environnementale. Cela inclut :
- L’intégration des énergies renouvelables : Des panneaux solaires sont discrètement intégrés aux bâtiments, transformant les toits en sources d’énergie propre.
- Des systèmes de récupération des eaux de pluie.
- Des toitures végétalisées.
- L’utilisation de logiciels de modélisation bioclimatique pour optimiser l’orientation des bâtiments, la ventilation naturelle et l’utilisation de la lumière du jour.
- Des imprimantes 3D utilisant des mélanges terre-argile pour des constructions innovantes.
Les riads, les kasbahs et les médinas, véritables chefs-d’œuvre d’ingénierie climatique, servent de modèles pour l’intégration de dispositifs passifs de régulation thermique, tels que l’orientation des pièces, l’épaisseur des murs, les jeux d’ombres, les fontaines centrales et les patios. Les architectes marocains s’engagent à intégrer ces concepts dans les constructions modernes pour réduire la dépendance à la climatisation et aux matériaux polluants.
Des projets exemplaires et des acteurs engagés
De nombreux projets et architectes au Maroc sont à l’avant-garde de l’architecture durable. Parmi eux :
- Les Jardins des Médina à Marrakech et La Maison Anglaise à Taroudant sont cités comme des exemples remarquables de bâtiments écologiques.
- Dar Infaiane à Tata allie harmonieusement architecture traditionnelle et durabilité moderne en utilisant des matériaux locaux et des techniques de construction traditionnelles.
- Le Centre d’Éducation à l’Environnement à Rabat, initié par la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement, est construit en terre pisé et alimenté à plus de 50% en énergie propre grâce à une installation photovoltaïque.
- L’éco-hammam à Nouaceur vise à réduire la consommation d’eau et d’énergie des hammams traditionnels en utilisant l’énergie solaire.
- L’éco-dôme de Sidi Moumen, inspiré de la technique SuperAdobe, est un exemple de construction écologique utilisant des ressources naturelles pour limiter les coûts et la durée de construction.
- Des architectes comme Layla Skali (Arcs-en-ciel, architecture environnementale) et Salima Naji œuvrent pour la sauvegarde du patrimoine et la construction écologique en matériaux naturels. Karim Jamali (A17 Partners) est également reconnu comme un pionnier de l’architecture durable au Maroc.
Le Maroc se positionne ainsi comme un leader régional dans le domaine du développement durable, offrant un modèle inspirant pour d’autres pays en fusionnant l’architecture traditionnelle avec les principes de durabilité et les innovations technologiques.
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